Mayotte
22/02/2010
Par Emmanuel TUSEVO-DIASAMVU
SOCIETE. Journée internationale de la langue maternelle, 2ème édition.
Une fête colorée dans une commune de l’Ouest de Mayotte pour promouvoir les langues maternelles.
Rastami Spelo, président de "Shime"’ entouré des membres de l’association pendant son discours © M.M
La 2ème édition de la célébration de la journée internationale de la langue maternelle a été organisée, dimanche dernier dans la commune de Sada à l’ouest de l’ île, sous l’ égide de l’association « SHIME » , sigle qui signifie « Shimaoré Méthodique ».
Le Shimaoré
« Dans la langue mahoraise, le shimaoré, le mot SHIME veut aussi dire, ambiance, encouragement. Nous avons décidé, à la création de cette association en 1998, d’encourager toutes les initiatives qui contribuent à préserver, à sauvegarder et à donner de l’ambiance à nos 2 langues maternelles de Mayotte, le shimaoré et le kibushi », explique Rastamai Spelo, président de l’Association Shime .
La manifestation
Une fête haute en couleur a été organisée à cette occasion avec la participation des élus dont le président du Conseil Général, Ahamed Attoumani Douchina, ainsi que plusieurs artistes dont le poète EL HAD et la chanteuse mahoraise Lima Wild venue chanter « a capella » pour inciter le public à prêter attention aux textes en mahorais .
EL HAD a déclamé aussi ses poèmes en shimaoré. Pour lui, il est important de promouvoir sa langue maternelle avec fierté.
« Je mène un combat, c’est celui de présenter aux jeunes des poèmes qui leur donnent le goût de parler, de garder et de faire évoluer notre langue dans l’avenir. ..On a tendance à moins parler la langue mahoraise parce qu’à Mayotte, on a tendance à valoriser tout ce qui vient de l’ extérieur par rapport à ce qu’ on a chez nous, et pourtant, on a une richesse énorme ici mais on ne la voit pas… à mon avis , il est nécessaire de créer un dispositif qui va donner une appellation précise à chaque chose qui va arriver chez nous » déclare EL HAD.
Préservation de la langue
Le président de l’association « SHIME », Rastami Spelo a mis en garde les mahorais contre une sorte de créolisation ambiante qui menace de disparition précoce les langues maternelles mahoraises. « Il est temps maintenant de revenir à nos langues, à les repenser, à faire en sorte qu’elles ne fuient pas, parce que je constate qu’il commence déjà à être un peu trop tard … Il y a trop de mélange des mots qui ne sont pas mahorais, autrement dit trop de mots étrangers dans nos discours en shimaoré, luttons contre cette paresse du langage » a – t – il martelé.
Rastami Spelo a également lancé un appel à la contribution de tous pour la construction et l’harmonisation d’un alphabet commun et d’une orthographe commune du shimaoré et du shibushi en vue d’un enseignement cohérent des langues mahoraises à l’ école.
Il a balayé d’un revers de la main les objections de ceux qui voient dans la promotion des langues maternelles un obstacle à la maîtrise parfaite du français.
« Celui qui maîtrise sa langue maternelle est mieux placé pour apprendre d’autres langues étrangères » a affirmé en conclusion, Rastami Spelo.
